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Siège de Paris (1590-1592)

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Siège de Paris (1590-1592)

Message par flsh agadir le Mer 4 Fév - 2:25

La mort du roi de la Ligue, du vieux cardinal de Bourbon (9 mai 1590), éclairait la situation autant que la victoire d’Ivry. La Ligue se révéla comme un parti à deux têtes, mais dont l’une, celle des Guises, allait maigrissant. La tête espagnole, au contraire, grossit, grandit, devint la seule. Le clergé, abandonnant son roman toujours avorté d’un capitaine de l’Église, se rallia franchement, nettement à l’Espagne, inscrivit sur son drapeau, comme son but et sa devise, la royauté de l’étranger.
L’Espagnol remplit tout en France. L’ambassadeur ordinaire Mendoza et son second, Ybarra ; l’ambassadeur extraordinaire, le duc de Feria, voilà les rois de Paris. Nous allons les voir y frapper monnaie, gouverner et nourrir le peuple ; les chaudrons des Espagnols et les sous jetés du balcon, ce sont les P140 moyens éloquents qui convertiront la foule à la royauté de l’Inquisition.
Le légat Cajetano, envoyé par Sixte-Quint, qui le croit très modéré, devient violent à Paris, pur instrument des Espagnols.
La mort du roi de la Ligue fut sue d’abord des personnes qu’elle intéressait le plus. La mère et la sœur de Mayenne vinrent, palpitantes, l’apprendre à l’ambassadeur Mendoza, qui leur dit froidement « qu’il fallait attendre les ordres du roi d’Espagne ». Alors, ces pauvres princesses coururent au légat, qui dit « qu’on ne pouvait rien faire sans les ordres du roi d’Espagne ».
Philippe II dut se féliciter d’avoir si mal payé ses Suisses. Il avait été battu à Ivry, mais sur le dos de Mayenne. Le Béarnais lui avait rendu le service signalé d’humilier et de ravaler le chef de la maison de Guise.
De toutes parts, la France ligueuse, dans le cours de cette année, se précipita vers l’Espagne. Et d’elle-même, l’Espagne entrait de tous les côtés.
Le père Matthieu, un Jésuite, était venu assurer les Seize de sa haute protection.
Le frère Basile, capucin, avait obtenu des troupes espagnoles pour le Languedoc.
Le duc de Mercœur, qui eût été le chef des Guises (à ne consulter que l’aînesse), n’agissait pas avec eux. Seul, retranché dans sa Bretagne, il ne s’adressait qu’à Philippe II, et il en reçut un très beau secours de deux ou trois mille Espagnols.
P141 La Gascogne le sollicitait pour en obtenir aussi, et disait que, sans cela, « les loups affamés auroient bientôt dévoré les pauvres brebis catholiques ».
Le parlement d’Aix appela en Provence le duc de Savoie, gendre de Philippe II, et ce prince, gracieusement, se rendit à la requête avec une armée mêlée d’Espagnols et de Savoyards. Aix le reçut, mais non Marseille, qui, sous ses consuls, s’en tint à être Espagnole de cœur.
Admirable unanimité. La France veut être Espagnole, c’est-à-dire ne plus être France.
Les Guises, seuls, en tout cela, ne parlaient pas nettement. Il au-raient voulu de l’argent espagnol plutôt que des hommes. Le duc de Nemours, au nom de la Bourgogne et de Lyon, sollicitait seulement une légère solde pour ses troupes, « une petite somme de deniers ».
Plus tard, Mayenne sollicite de quoi payer une armée française.
On n’attrapait pas ainsi Philippe II.
Il y avait des gens plus francs qu’il écoutait plus volontiers. Par exemple, un Bois-Dauphin, qui se disait gouverneur de l’Anjou et du Maine, parla intelligiblement. Dans sa petite pétition pour avoir deux mille Espagnols, il dit nettement au roi d’Espagne : « Les provinces et gouverneurs reconnaissent aujourd’hui qu’il n’y a de roi en France que Votre Majesté. »
Tout à l’heure, au nom de Paris, les Seize en diront autant.
P142 Dès le mois de mars, les ambassadeurs d’Espagne avaient fait crier dans Paris une lettre de leur maître où il ordonnait à l’archevêque de Tolède de dresser un état des bénéfices du royaume pour aviser à soulager les pauvres catholiques de France.
Belle, mais bien lointaine espérance. Cet enragé Béarnais s’acheminait vers Paris. Déjà il avait pris Mantes. On en répandait mille contes. Le lendemain de sa bataille, il était si peu fatigué qu’il avait tout le jour joué à la paume. On l’appelait en Gascogne (du nom de l’un de ses moulins) meunier du moulin de Barbaste. A Mantes, ce roi meunier fit fête aux boulangers de la ville, qui lui gagnèrent son argent à la paume et lui refusèrent revanche. Toute la nuit il fit faire du pain et le vendit à moitié prix. Les boulangers éperdus vinrent lui offrir sa revanche.
C’était justement par le pain qu’il voulait prendre Paris. Il faisait la guerre aux moulins, aux greniers, aux petites places d’en haut et d’en bas qui nourrissent la grosse ville. Ce terrible Gargantua, diminué et délaissé d’un grand nombre de ses habitants, avait cependant encore deux cent vingt mille bouches, et, quoique le roi y vint assez lentement, on y amassa peu de vivres.
La ville, en récompense, était bien pourvue de prédicateurs, riche en sermons. Aux Rose, aux Boucher, étaient venus s’adjoindre les Italiens du légat, qu’on admirait sans les comprendre, le grave Bellarmino, le pathétique et amusant Panigarola qui, avec le Petit-Feuillant, partageait l’enthousiasme des P143 dames. On assure qu’au début d’un sermon il s’écria : « C’est pour vous, belle, que je meurs... » Et comme toutes se regardaient, il ajouta avec componction : « dit Jésus-Christ à son Église ».
Le 8 mai, le roi commença à tirer contre Paris. Le 14, dans ses murs, commencèrent les processions de l’armée sainte, où les moines, fièrement troussés, le capuchon renversé pour mettre le casque, plusieurs affublés de cuirasse, soufflant sous leurs armes, menèrent la milice bourgeoise. Quelques-uns, non sans tremblement, se hasardèrent à charger et tirer leurs arquebuses pour saluer le légat, ce qui fit un grand malheur ; ils tuèrent son aumônier.

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