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le théâtre de Ionesco

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le théâtre de Ionesco

Message par flsh agadir le Mar 17 Fév - 1:15

INTRODUCTION :
Quand on lit une pièce de Ionesco, on est surpris par la nouveauté de son théâtre : il est provocateur et rompt avec la tradition. Mais, la critique a bientôt parlé d’un nouveau réalisme pour juger ce théâtre. Ionesco lui-même écrit : « Mes pièces je crois qu’elles sont réalistes sans réalisme ». Ce n’est plus le réalisme de la référence, mais celui d’une présence des formes. Il s’agit de faire de la science le lieu d’un nouveau réel. Ionesco, dans Notes et Contre Notes affirme que la dramaturgie serait une transposition théâtrale de l’art abstrait grâce à l’instauration de figures scéniques, de jeux verbaux, et par la cristallisation des symboles. L’écriture dramatique de Ionesco joue de la rupture et de la surprise. Elle instaure des formes, qui sont articulées à des mythes fondamentaux : par exemple, le viol dans La Leçon ; et la métamorphose dans Rhinocéros.


I.  IONESCO ET L’AVANT-GARDE
La notion d’avant-garde a été analysé notamment par Roland Barthes. Pour lui, l’écriture moderne naît vers les années 1850. C’est une écriture de caractère endoscopique, c’est-à-dire qui intègre dans la création littéraire une interrogation sur le statut de la littérature. La littérature n’est donc plus naïve, elle porte en elle-même une réflexion sur ce qu’elle dit. Elle est spéculaire et critique.
L’avant-garde se définit par sa force de rupture et d’innovation. Ionesco se rallie à l’avant-garde, notamment à l’esprit iconoclaste et contestataire des surréalistes. Cette contestation se manifeste par une mise en doute des pouvoirs de la raison (qui ne conduit qu’à la guerre). Une grande valeur est attachée à l’onirisme et aux catégories esthétiques du merveilleux et du fantastique. L’esthétique est marquée par son goût pour l’ouverture, tant au plan de la structure que de la signification. La dramaturgie de Ionesco oscille entre la négation et l’interrogation. Elle s’interdit toute affirmation.


II. L’UNIVERS DRAMATIQUE DE IONESCO
Sa création théâtrale tient à quelques refus essentiels.

1°) Les personnages
Ionesco subvertit ou élime les modes de caractérisation traditionnel du personnage :
- la nomination : Ionesco ruine le rapport d’identification onomastique. Par exemple, la saga des Bobby Watson dans La Cantatrice Chauve. Tous les membres de la famille portent le même nom. La généralisation de l’identité aboutit à l’indistinct. Les noms sont également stéréotypés : les Smith et les Martin suggèrent un caractère collectif. La personne s’efface dans cet univers dramatique. Ce phénomène est rendu sensible par l’emploi de la nomination classificatoire : le prof, l’élève, la bonne dans La Leçon.
- la visualisation : elle prend le pas sur la verbalisation. Ce sont les accessoires et le décor qui supplantent le discours.
Ces phénomènes témoignent de la fossilisation de l’humanité moyenne, du développement de l’indifférence, de l’anonymat d’une société qui a perdu ses valeurs de solidarité et de civisme. Un seul être échappe à ce processus : Bérenger. Il est le symbole de l’homme de bonne volonté, irréductible à ce processus d’uniformisation.

2°) L’action et la dramaturgie :
Ionesco s’oppose à la notion brechtienne du théâtre épique. Selon lui, la nature du théâtre n’est pas de raconter une histoire. La forme dramatique est faite de la conjonction de plusieurs structures dynamiques :
- le cycle : le final reprend la position initiale.
- la répétition : elle affirme une menace, une détérioration.
- le paroxysme  (crescendo) : il mime la présence de la violence ou de la névrose.
- la prolifération (dans Rhinocéros) : elle est la métonymie de l’enlisement.
Cette dramaturgie conteste les frontières des catégories esthétiques. Ionesco écrit : « J’ai intitulé mes comédies comiques et mes drames « farces tragiques », car le comique est la tragédie de l’homme dérisoire. »
Ionesco conteste également la mise en scène réaliste. Il désorganise le temps social : cf. les caprices de la pendule dans La Cantatrice Chauve. Il conteste aussi la cohérence et l’intelligibilité. Cette contradiction s’installe au cœur du système dramatique. La scénographie et la mimographie (gestuelle définie par les didascalies) mettent l’espace scénique et le corps des protagonistes en symbiose pour illustrer le mythe archaïque du dehors et du dedans totalisé. Par exemple, dans La Leçon, la mimographie du viol s’appuie sur la prolifération des objets métonymiques (cartables des victimes précédentes ; couteau phallique). Ils se conjuguent avec l’espace clos. Le professeur tourne autour de l’élève et s’en rapproche de plus en plus, pour figurer métaphoriquement les rapports du langage et du pouvoir. Le langage est une arme, un instrument de terreur : qui parle tue. De même, dans Rhinocéros, tout se ferme grâce à l’occultation des fenêtres. Le décor traduit ainsi la folie aliénante. La métaphore en animal est la métonymie du prosélytisme. La combinaison de ces deux éléments produit la métaphore visuelle du totalitarisme à la fois extérieur (confiscation des libertés) et intérieur (aliénation du libre-arbitre).

3°) Le langage :
Ionesco propose une interrogation sur la nature, le pouvoir et les dangers du langage. Dans La Cantatrice Chauve, par exemple, le titre est sans rapport avec le contenu. Il n’est pas référentiel : c’est un leurre, qui nous envoie sur une fausse piste. Toute communication est donc une vaste méprise. Ionesco répercute une triple interrogation de la conscience contemporaine :
- la mise en évidence de la fragilité du langage
- la menace d’une non-communication : les personnages ne donnent pas le même sens au mot.
- le langage est trompeur, par sa tendance à la négation et au travestissement du refoulé. Il sert à dissimuler des forces pulsionnelles, plus qu’à signifier. Il nous amène à une réflexion philosophique sur le langage, dont le théâtre est porteur.


CONCLUSION :
On observe une dissolution des personnages dans une crise générale d’identité ; une dissolution des valeurs dans l’insignifiance ; enfin, une dissolution de la confiance portée dans les pouvoirs du langage. Ce théâtre met en lumière la faillite des idéologies. Il part des vérités premières, prises au source du comique dans La Cantatrice Chauve, et passe par l’incarnation des angles sociaux, avec La Leçon et Rhinocéros, pour aboutir à une méditation sur l’impuissance de l’homme face à la mort dans Le Roi se meurt.
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Re: le théâtre de Ionesco

Message par karime le Dim 22 Fév - 1:50

MERCI POUR LES EFFORTS
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